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  • Photo du rédacteurSwanee

Apologie



Une marque de vélos industriels au méthode marketing douteuse et aux messages ambigus, est à l’Origine d'un micro tsunamis sur mon fil d’actualité Facebook et Instagram. La fabrication artisanale de cycles n’a pas la cote auprès du grand public. Les artisans ne gagnent pas leur vie, et le feu ça brûle! La faute aux mauvais «consommateurs», et à ces maudits Taïwanais. Mais de quoi parle t’on? D’un taille haie? D’un slip auto-chauffant? Réfléchissons un peu…. À quel tarif ces deux mondes entrent réellement en concurrence? 3000€, 5000€, 8000€?


Ils écrivent l’histoire, eux aussi, depuis longtemps.

Décathlon vend des vélos jetables, des chaussettes aussi…. Mais pas que, quand je regarde dans mes placards. Il contribue à la démocratisation du sport. Y aurait il autant de cyclistes dans nos rues, si sur le marché il n’y avait que des vélos d’artisan? Non, très peu de gens achètent compulsivement des vélos à 3000€. Savoir faire, expérience, qualité…. Specialized, et Giant ont été créé dans les années 70. Combien de vélos fabriqués et vendus depuis? Ils paient des ingénieurs, investissent dans la communication et annoncent des garantis. Ils font rêver, ça compte. Ils révèlent, et alimentent les passions. Ils écrivent l’histoire, eux aussi, depuis longtemps. Je crois que l’artisanat et l’industrie sont concurrents dans le haut de gamme. Une bonne paire de roues, une transmission électrique, des composants carbone, et … un cadre, total, 10 000€. Le trentenaire, avec sa très bonne situation professionnelle, s'offrira l’objet unique au nom prestigieux et reconnu, tandis que le nouveau retraité passionné, réalisera son rêve. Il se fera faire le vélo ultime, le dernier, celui qui le mènera à la tombe. Ça représente quoi comme pourcentage sur la totalité du potentiel client?


Comme tout finalement.

J’ai côtoyé un éditeur de magazine 8 ans. Celui là même qui a publié une couverture qui ferait rougir de jalousie «Valeurs Actuelles» et qui a fait si peu réagir. De sa plume poétiquement expérimentée, il pourrait expliquer, entre deux parts de cake au chocolat, pourquoi à sa collection de bicyclettes d’artisan, il en a ajouté une, industrielle. Mais sa mauvaise foi devenue cas d’école, n’apporterait que confusion et discrédit, on est d’accord. Toujours est il que la quête de performance, le portefeuille, bien plus que la conscience éthique, guident les choix. On a quand même à faire à une majorité d’apprentis sportifs sans sous! Ce débat n’en est pas un. La partie adverse n’y prendra pas part, car avec la possibilité de customisation qu’elle propose désormais, elle y répond. Mon Jake, sur la photo, a 13 ans et c’est une seconde main. Je fabrique des vélos artisanaux, oui, et je collectionne les industriels. Malgré ce qu’on dit, ils savent vieillir, dès qu’on en prend soin. Comme tout finalement. Niveau affect, sa valeur sentimentale est inestimable. Cx, route, vélo taf, longue distance, compétition, c'est comme je veux. Il est le premier que mon chéri m’ait offert, et Kona m’a sponsorisé quand je faisais, jeune, des courses Vtt XC. C’est mon meilleur pote non humain, même si ce n’est pas moi qui l’ai fabriqué. A peine 1000€, sans sous, je vous dis.


Voilà une idée qu’elle est bonne!

Bref, on ne parle pas d’une paire de sabots les amis. Celui qui achète un Origine à 3500€ n’est pas une victime du système, ni un terroriste, je dirai plutôt un opportuniste doué d’une certaine pertinence. Je sais, je le connais. Je ne trouve pas juste qu’il soit pointé du doigt. Il porte les couleurs de son équipe préférée et roule avec un vélo qui ressemble à celui de son champion. Équipez une équipe du Tour! Voilà une idée qu’elle est bonne! L’industrie a rendu accessible certaine pratique. Le vélo ne serait pas devenu à la mode sans elle, et l’artisanat n’aurait pas ses pages dans la presse cycliste. Et si il fallait passer par là avant de pousser la porte d’un atelier? En tout cas les conditions de travail des Taïwanais est une vraie question et un vrai problème. Pas un leitmotiv commercial, surtout qu’on sait qu’en 2024 l’Asie produit aussi du très haut de gamme. La notoriété ne s’acquiert pas facilement. 5 décennies de ferronniers pour prétendre à la reconnaissance. À l'Atelier François Pouénat on s’applique à être digne de cette héritage. Ça pèse, mais l’exigence est un métier, une vocation. L’artisanat de luxe est un monde pour lequel j’ai de profonds préjugés à bien des égards, et des aprioris persistants. On collabore avec des designers, des architectes d’intérieurs, des décorateurs renommés, des grandes maisons, ce qui ajoute beaucoup de pression à la pression, mais aussi, des euros aux euros. Seulement, travailler la matière, mettre en œuvre des pièces uniques, donner vie à des produits exceptionnels, stimulent mon enthousiasme et mon implication. Évoluer dans un atelier aussi prestigieux, côtoyer l'excellence, depuis 6 mois, même si je passe par des phases laborieuses, à mon âge, était inespéré. J'avoue y prendre goût et François sait associer, modernité et tradition ancestrale, dans un univers où évidemment, l'industrie n'est pas un sujet. Le savoir faire prend une dimension stratosphérique quand tu en es le témoin et l'acteur privilégié.


Fabriquer des vélos que je ne pouvais pas me payer, surtout sans pouvoir me payer dignement, et répondre parfois à des caprices, n’avait pour moi, plus aucun sens et me rendait malade. Mettre en péril ma passion pour le vélo, vieille de plus de 40 ans, pérenniser une précarité et imposer cela à ma famille, était profondément égoïste. Je n’ai pas renoncé, mais je n’ai pas insisté. J’ai un salaire désormais, et je suis au service de bien plus beau et bien plus grand que mon moi. J’envisage mon atelier et ma production différemment. Exercer ma main, mon œil, exprimer ma créativité, expérimenter, collaborer, m'inspirer…. Des vélos, mais pas seulement. Plus rien ne presse! Et cerise sur le gâteau, je pédale tous les jours 1 h pour aller travailler, de quoi entretenir mes liens fusionnels avec mes vélos, et cultiver ma plus value.





Photo Gravier d'Or, Dijon.


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