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Emma et Garance

Dernière mise à jour : 11 août 2022

La chronique que vous auriez dû lire dans le #33 du magazine 200.

La 30ème, rédigée et modifiée à la demande de l'éditeur, mais non publiée par le DA. Suite à mon indignation exprimée à la découverte de la une du #32, Alain Puiseux m'a exclu de l'équipe. Ce sera le sujet d'une prochaine publication.


Je me rapproche de mes 50 ans et je me convaincs que je suis une jeune vieille. Quand je discute avec mes amis Maxime, et Phillipine, qui n'ont pas encore 30 ans, je suis surprise et admirative par leur conviction et leur engagement. L'écologie, le vivre ensemble, font vraiment partis de leur préoccupation. Les dernières élections présidentielles ont suscité beaucoup de réflexion et révélé les grandes angoisses des Français. Mais moi à leur âge, j'étais mariée, j'habitais un pavillon, j'étais graphiste, je faisais beaucoup de sport, et chaque week-end, j'allais faire une compétition de VTT. Je ne pensais pas, ou très peu, à la sauvegarde de la nature, et je ne m'apprêtais pas à partir à l'autre bout de la planète à vélo...

Emma et Garance sont de jeunes assistantes d'artiste, âgées respectivement de 25 et 26 ans. Diplômées des arts déco de Paris, elles se sont spécialisées dans l'impression, la gravure, la sérigraphie et le dessin. Elles ont découvert mon atelier dans le guide pratique de Louise et Océane «Un autre cycle». «La matière brute nous inspire aussi beaucoup, et nous aimons l'idée que l'on puisse concevoir un vélo comme une sculpture», m'écrit Garance dans un mail. En effet, dans leur création, elles expérimentent et détournent des procédés et des techniques qu'elles ont apprises. Elles travaillent le cuivre, l'aluminium et l'acier. « On utilise la lumière pour dessiner, on joue avec les brillances et les reflets, la lecture de l'image change selon l'exposition et c'est très intéressant» m'explique Emma en me montrant une gravure qu'elle vient de réaliser.


Mais Emma et Garance sont aussi deux cyclistes. À notre deuxième rencontre, elles venaient de faire le week-end d'avant, un 280 km. «C'était cool, on est arrivées les dernières, mais on l'a fait et on était super heureuses» me racontent-elles avec enthousiasme. Ce n'est pas leur seule expérience en longue distance, elles roulent régulièrement en groupe ou en solo. Elles m'ont donc proposé une collaboration que j'ai acceptée. L'idée était que je leur fournisse deux cadres artisanaux bruts, qu'elles finaliseraient et monteraient à leur goût. Avec ces vélos, en juillet, elles commenceront leur voyage qui les mènera jusqu'au Japon, pour une résidence artistique. Elles iront à la rencontre d'artisans et d'artistes, recueilleront des témoignages, découvriront d'autres savoir faire, récolteront des traces qu'elles captureront sur différents supports.

C'était un challenge, car étant déjà sur un gros projet, j'ai dû m'interrompre et être plus efficace, plus méthodique et plus pragmatique pour ne pas me mettre trop charrette. En 7 soirées qui m'ont mené jusqu'à tôt le matin, et malgré les plaintes de mon voisin à cause du bruit, j'ai livré à Emma et Garance les PaRiaH 11 et 12 le 23 avril. Comme elles me l'ont demandé, j'ai repris la géométrie du Croix de Fer de Génésis, fois 2, puisqu'elles font la même taille. Freins à disque, 3 paires de fixations pour les bidons, et de quoi mettre un porte bagage arrière. Pour l'occasion, des tubes Reynolds assez épais pour qu'elles puissent les travailler. J'ai aussi laissé de la matière, brasure, flux séché, traces de chalumeau, pour stimuler leur créativité. Elles feront elle même le montage, avec un peu d'aide, à partir de pièces récupérées et d'occasion. À l'heure où j'écris, j'ai des nouvelles de leur avancée, mais je n'ai pas encore vu le résultat.


Pour Emma et Garance, le Japon ne se fera pas par la Russie. Si vous avez des suggestions d'itinéraire, n'hésitez pas à les contacter de ma part via leur instagram @tracer.traverser.


NB. J'ai critiqué la couverture du #32 sur la page Facebook du magazine. Je n'aurai pas dû. Comme souvent sur les réseaux sociaux, au lieu d'un débat, ce fut la foire. Je ne voulais en aucun cas insulter la rédaction, et encore moins véhiculer l'idée qu'elle soit raciste. Cette photo est gaie, joyeuse et légère, bien sûr, mais je suis incapable de la voir ainsi. Je comprends que ma réaction ait pu blesser.


Photos Swanee, Garance et Emma

1 838 vues4 commentaires

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4 opmerkingen


valerull
24 sep. 2022

Beau challenge de création ! Hâte de voir la suite.

Merci d'avoir réagi à cette couverture que beaucoup autour et moi avons vu comme un vieux relent de colonialisme, peut-être même inconscient et ça c'est pire...

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Gast
12 aug. 2022

Soutient de ouf, avec mon collègue quand on a vu la couverture dans le kiosque on a été choqué. Ya les gens du vieux monde et celleux du nouveau, comme de l'eau et de l'huile. On lira tes chroniques ici, et ptête que c'est tant mieux :)

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Gast
10 aug. 2022

Bonjour Swanee, je n'ai pas tout compris à l'histoire de ton éviction, la photo n'a provoqué aucune émotion particulière en moi, mais nous n'avons pas la même histoire, alors je me garde de tout jugement. J'ai été plus touché par le texte à propos du Rwanda, sobre et un peu étrange, sans pour autant tomber dans le pathos. J'y pense souvent depuis, mais comment ne pas être touché par les souvenirs de cette horreur. Pour revenir au sujet, j'avais grand plaisir à te lire, même si je sentais de temps en temps une certaine colère dans tes propos. Ça tombe bien, je le suis souvent aussi..... :-) Si avec le temps, tu pouvais reprendre ta place chez 200, j'en serais très heureu…

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Swanee
Swanee
11 aug. 2022
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Bonjour Francis, j'ai été viré, bloqué, et blacklisté par la rédaction du magazine 200 parce que lors de la publication d'une photo sur les réseaux sociaux j'ai alerté Alain Puiseux, l'éditeur, en privé, c'est important, que je la trouvais horrible pour des raisons que j'ai largement expliquées. Malgré cela il en a fait une couverture, ce qui m'a, pour de multiples raisons, profondément choqué. 1, parce qu'il n'a pas tenu compte de mes remarques malgré notre amitié, 2 parce qu'il l'a fait d'une manière méprisante, 3 parce qu'il dessert le magazine de la pire des manière. Mépris pour ma personne, mais aussi pour tous ceux qui pensent comme moi, exprimé explicitement dans le #33. J'ai réagi à la hauteur de…


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